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L’ENSEIGNEMENT PROTESTANT AU CAMEROUN
L’ECOLE AU CAMEROUN PRE ET POST-COLONIAL

L’histoire ne le dit pas souvent. L’œuvre scolaire camerounaise -toutes obédiences confondues- est bâtie sur la fondation qu’a posée le protestantisme, et ceci longtemps avant la colonisation. La première expérience des camerounais avec l’école occidentale date de Décembre 1843. Le Pasteur Joseph Merrick, Jamaïcain d’origine Africaine est le premier enseignant de l’Ecole du Cameroun Moderne. Les premières classes qu’il organisa à Cameroons (Douala) en 1843 attirèrent la population qui exprima les raisons pour lesquelles elle voulait aller à l’école. Merrick rapporte :

« Hier soir, plusieurs gens du clan Bell assemblés devant sa maison pour être instruits exprimèrent, à la fin de mon allocution, leur volonté de recevoir des instituteurs. Ils sont très désireux d’apprendre à écrire et à lire, et la raison qu’ils évoquent est qu’ils deviendront alors de meilleurs commerçants, et ne seront plus facilement dupés comme tel est le cas jusqu’à présent ».

L’école au Cameroun n’a donc pas été imposée par les Missionnaires. Ils ont plutôt cherché à répondre à n besoin que ressentait la population.

Il faut ici relever une réalité. Merrick, comme les autres membres de l’équipe des premiers missionnaires protestants, n’appartenait pas aux églises des puissances européennes. Ils n’avaient aucune ambition impérialiste. Au contraire, ils avaient connu la dure expérience de l’esclavage, et l’évangile était cette arme qui leur avait servi pour la libération du joug de l’oppression.

Merrick raconte l’expérience de l’Ecole telle qu’elle s’est vécue au Cameroun pour la première fois :
« Pendant mon court séjour à Cameroons (Douala), j’étais tout à fait chez moi, et jamais inquiété ni par personne ni par quoi que ce soit. Plusieurs adultes et quelques enfants ont appris à lire assez bien dans le premier livre d’école. J’ai noté un vocabulaire de la langue du Cameroun ou Dewala et préparé dans cette langue un premier livre d’école que j’espère imprimer bientôt ».

L’école commencée par Merrick est fonctionnelle. Elle n’est pas une imitation d’un programme d’un Ministère de l’Education de quelque pays Européen. Au contraire cette école est appelée à se faire dans la langue vernaculaire, et de ce fait les écoliers ne vont ni perdre leur personnalité, ni s’acculturer. Ces missionnaires ont pour objectif de préparer les camerounais à faire face aux dures réalités de l’heure. Vers le milieu des années 1940, deux Centres scolaires étaient animés à Jubilé Bimbia par le Pasteur Joseph Merrick et à Béthel-Douala par le Pasteur Alfred Saker.

L’école comprenait aussi bien les enfants que les adultes dont certains étaient déjà des parents. Ceci apparaît dans presque toutes les correspondances de ce temps au sujet de l’école.

Le programme scolaire avait trois volets : l’enseignement général, l’enseignement pratique et l’enseignement biblique. Pour l’Enseignement général, il s’agissait des cours d’utilisation des langues locales : Isubu, Douala et anglais que les élèves devaient savoir lire et écrire, puis, des cours de mathématiques élémentaires.

L’enseignement pratique consistait en l’initiation aux techniques de l’Agriculture et de construction des maisons. L’enseignement biblique se faisait en langue locale et consistait à réconcilier l’homme avec Dieu et son environnement. Avec la création de Victoria en 1859, se créa un autre centre scolaire. Une autre école vit le jour à Hickony Town-Bonabéri. Cette nouvelle structure était l’initiative d’un autre jamaïcain le Pasteur Jackson Fuller. Avec la multiplication des écoles élémentaires, il fallut passer à l’étape suivante. L’école industrielle et professionnelle fut créée à Cameroons. Slageren rapporte que cette école contribua à saper les fondements de l’esclavage dans la société Duala. Johnston ajoute que tout l’édifice social de Douala fut bouleversé et il se créa un nouveau monde.

Avec le recul nécessaire, une évaluatuion de l’œuvre protestante dans le Cameroun Précolonial est donnée par le Professuer Laburthe Tolna. Pour lui, l’Eglise Baptiste, pour avoir »d’enseigner à ses fidèles à fabriquer des briques, à construire les premières maisons en dur et à pratiquer des cultures nouvelles, sans doute la papaye, l’avocat, l’ananas et le macabo » a fait des chrétiens les pionniers en la matière et les premiers fournisseurs de ces denrées alimentaires.

En terme d’effectif, il est difficile d’avancer des chiffres exacts pour l’année 1886, Brutsch compte 1040 catéchumènes et élèves dans les écoles.

On ne venait pas à l’Ecole sous la menace du Monarque autochtone ou de l’administration comme cela s’est passé avec l’avènement de la colonisation. L’éducateur devait persuader l’élève du bienfait de l’éducation pour lui.

C’est donc incontestable, l’école du Cameroun précolonial était protestante, d’une manière exclusive. Son objectif était de préparer l’individu à s’intégrer harmonieusement dans son groupe et à être utile dans son milieu social. Il ne s’agissait pas de former, ni une classe de prolétaires, ni des agents subalternes. Il s’agissait de former des gens responsables, capables de se prendre en charge et d’insuffler aux autres la même dynamique. On peut affirmer que cet objectif fut atteint. Laburthe Tolra constate :
« Les Baptistes fondent une école industrielle. Grâce à eux, la ville (Douala) se distingue vite sur la côte africaine par le grand nombre de ses artisans qualifiés, par ses ressources alimentaires et enfin par sa modernité ».

D’une manière plus concrète, les Camerounais formés à l’Ecole protestante sont devenus des missionnaires et des éducateurs pour le Cameroun.

Ilagren, à ce sujet, écrit :
« Le 28 juin 1879, ils (Grenfell et Comber) quittèrent le Cameroun avec une dizaine de Camerounais, dont les enseignants Ebolu et Epea, en vue de faire de San Salvador la base de la future mission du Congo ».

Ce déplacement des Camerounais est volontaire. Il diffère de celui qui s’est passé après l’annexion allemande. Il faut aussi remarquer que les Camerounais sont localement engagés dans différents secteurs d’activités. Certains sont même actionnaires dans les sociétés en Grande Bretagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

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